L’essor du Big Data dans les ports et les terminaux : la transformation des technologies portuaires dans l’industrie maritime

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Le secteur du transport maritime connaît actuellement un changement de cap radical vers les « smart » technologies, repensant ainsi pour les compagnies maritimes et leurs clients l’expérience portuaire.

Bien que cette industrie soit souvent considérée comme traditionnelle en raison de son adoption tardive des nouvelles technologies, de nombreux ports exploitent à présent la puissance des différentes avancées technologiques. Avec l’augmentation constante du volume de fret et de la taille des navires, la pression sur les ports pour optimiser leurs pratiques se fait de plus en plus forte.

 

Pourquoi le secteur maritime a-t-il besoin de solutions intelligentes ?

Les ports ne sont plus confinés à l’amarrage des navires. Les acteurs de l’ensemble de l’écosystème portuaire travaillent désormais de concert avec de nouvelles méthodes s’appuyant sur la data. Quand on pense à l’industrie maritime, on pense souvent aux autorités portuaires, aux armateurs et aux exploitants des terminaux. Avec la complexification de l’industrie mondiale du transport maritime, des informations sont maintenant échangées en temps réel par de multiples intervenants, tels que les entreprises de fret et de logistique, les fournisseurs de stockage, les opérateurs ferroviaires et fluviaux, les transporteurs et les fournisseurs de capteurs pour canalisations, grues, amarrages et routes.

C’est donc pour améliorer leur productivité et leur efficacité que ces différents acteurs ont adopté des solutions intelligentes. Ainsi, CMA CGM, l’opérateur de la troisième compagnie maritime du monde, utilise la technologie Traxens pour équiper ses porte-conteneurs. Les conteneurs intelligents échangent désormais des informations sur leur position via des antennes relais. Cette technologie transforme les conteneurs en objets connectés intelligents, ce qui permet aux partenaires du transport multimodal de se préparer pour l’arrivée du conteneur au port.

Même stratégie pour le port de Hambourg en Allemagne, qui a récemment adopté un programme innovant baptisé « smartPort ». Le port a en effet déployé l’assistance technologique aux autres parties prenantes en améliorant la logistique, en ajoutant des points d’aiguillage intelligents dotés de capteurs, en exploitant l’électricité à quai provenant d’énergies renouvelables et en offrant même la possibilité de trouver des places de stationnement libres.

À l’heure actuelle, les ports doivent sans cesse améliorer la qualité, augmenter la productivité et baisser les coûts pour les compagnies de transport maritime afin de rester compétitifs sur la scène internationale. D’autres villes comme Singapour, Shanghai, Hong Kong et Taïwan ont mis en place des initiatives « smart port » similaires, qui ont permis des rotations de navire plus rapides et un entretien portuaire plus efficace.

La mise en place de solutions smart et de services plus intelligents a aidé les ports à progresser. Elle a également facilité les collaborations et le partage des informations entre l’autorité portuaire et ses partenaires. Copenhagen Malmö Port (CMP), un opérateur portuaire commun au Danemark et à la Suède, a investi massivement pour l’avenir et ouvrira en 2021 un nouveau terminal à conteneurs reposant sur le développement de nouvelles solutions commerciales intelligentes.

 

Des informations en temps réel au service de l’efficacité

Les ports du monde entier ont établi des partenariats avec des entreprises technologiques pour améliorer l’efficacité portuaire, que ce soit en termes de temps ou d’argent, au profit de leurs compagnies maritimes clientes. Ces technologies génèrent de vastes quantités de données, sous diverses formes, devant être partagées avec de nombreux intervenants portuaires.

1. Les données en temps réel contribuent à améliorer l’inspection des navires.

Les inspections des navires à quai et des conditions portuaires prennent souvent plus de temps que prévu, mais chaque minute passée à quai coûte de l’argent aux compagnies maritimes. Aquatic Drones, une société technologique maritime hollandaise, a mis au point des petits véhicules autonomes qui filment sous l’eau pour donner des informations sur l’état des navires et du port, en dessous de la ligne de flottaison. Ces drones réduisent la durée des inspections et permettent donc d’économiser du temps et de l’argent. Aquatic Drones travaille déjà avec le port de Rotterdam et vient juste de lancer un essai avec le port d’Amsterdam.

2. Des prévisions météo pour économiser du temps et de l’argent.

Disposer d’informations précises sur les conditions météo et les niveaux d’eau peut aider les compagnies maritimes à déterminer le meilleur moment pour acheminer leurs navires vers le port. Les arrivées par temps calme peuvent également s’avérer rentables en raison des économies de carburant. En s’associant à la société d’IBM, The Weather Company, le port de Rotterdam (le plus grand port d’Europe en termes de tonnage) peut avoir accès à des données météorologiques précises et les partager. Avec l’aide d’outils tels que les capteurs IoT, l’intelligence augmentée et les données météo, le port fournit des bulletins précis sur l’état de la mer et la météo, ce qui permet aux compagnies maritimes de déterminer le meilleur moment pour entrer dans le port dans des conditions optimales.

3. Manutention et flux des marchandises.

Il est essentiel de pouvoir disposer d’informations pertinentes sur la disponibilité et l’efficacité opérationnelle de l’équipement de manutention portuaire, comme les grues et les camions. En Espagne, le port de Valence a mis en œuvre un projet pilote dit « boîtes noires », qui a donné lieu à l’installation de boîtes sur 200 grues, chariots-cavaliers, camions et chariots élévateurs dans le terminal. Les boîtes noires recueillent des informations en temps réel sur la position, l’état des opérations et la consommation d’énergie afin d’éviter des retards à tous les stades.

 

Le partage des données aidera l’industrie portuaire à tirer profit des technologies intelligentes pour drainer dans leur sillage de nouveaux services et sources de revenu.

En juin, l’AIVP (le réseau mondial des villes portuaires) se réunira à Québec pour discuter des ports « Next Generation ». L’une des grandes questions qui se posent pour l’avenir n’est pas de savoir comment capturer les données, mais plutôt comment les gérer et tirer parti des informations déjà générées par les ports pour créer de la valeur.

Une solution de partage des données aiderait les ports à collecter, combiner et analyser les nombreuses sources d’informations pertinentes avant l’arrivée des marchandises, par voie terrestre ou maritime. Centraliser et gérer toutes les informations produites par les nombreux acteurs de l’industrie maritime est un défi de taille. Ces initiatives s’appuieront de plus en plus sur des plateformes de partage de données et des solutions API pour relier les données provenant de différentes sources, y compris les entreprises de transport et de logistique, la météo, l’inspection des navires, les ponts et les capteurs ferroviaires, ainsi que les ports proprement dits. Les API aideront à créer des applications exploitant les avantages de ces données temps réel. De plus, le développement de ces technologies complexes peut être externalisé, laissant ainsi aux ports le temps de se concentrer sur ce qu’ils font de mieux. Une solution « data product » offre l’infrastructure technologique nécessaire pour héberger et partager différentes sources de données, tout en permettant aux ports de venir créer et personnaliser de nouveaux services sur la base de ces données.

Les initiatives « smart port » aident les ports, les terminaux et leurs partenaires à travailler plus efficacement et à réduire leurs coûts. La quantité de données générées par les capteurs intelligents est une réelle opportunité commerciale pour les entreprises qui essayent de développer de nouveaux services et de générer d’autres sources de revenus reposant sur la data.

Les ports se développent aujourd’hui comme des plaques tournantes incontournables, à l’échelle du fret, des navires ou des personnes, mais aussi au regard des volumes d’informations qui y circulent.

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